Les imprimantes 3D construisent un nouvel avenir au bâtiment

Par Valérie Sauvage | 

Zoubeir Lafhaj, professeur à l’école d’ingénieurs Centrale Lille, est l’un des plus fins connaisseurs de l’impression 3D appliquée au secteur de la construction. Il travaille sur le sujet depuis 8 ans, voyage à travers le monde pour étudier les projets en cours… Avec son équipe d’une dizaine de personnes, il pense que cette technologie aura un impact au-delà de l’organisation des chantiers : sur l’environnement, sur l’aménagement de la ville et finalement, sur nos manières de vivre.

 

Des bâtiments imprimés en quelques heures

« Avant, on usinait une pièce en usine à partir d’un bloc de matière. Des copeaux tombaient. Avec l’impression 3D, dans le bâtiment comme ailleurs, la matière est posée couche par couche. À Nantes, une maison a été imprimée (sur une surface de 95 m² en 33 heures, au mois de septembre 2017). Ils ont utilisé des matériaux classiques, du béton et de la mousse de polyuréthane. En Chine, ils ont imprimé des maisons mais les pièces ont été réalisées en usine avant d’être assemblées sur le chantier. L’impression 3D dans le bâtiment va exploser en 2018 et va se généraliser dans les dix ans qui viennent. C’est l’échéance des projets des grands constructeurs. »

Une révolution sur les chantiers

« Cette machine à imprimer, c’est la nouvelle grue du XXIe siècle. Quand la grue est arrivée sur les chantiers, elle a amélioré les conditions de travail, la sécurité, elle a diminué la pénibilité, elle a changé les modes constructifs. Avant, on ne pouvait pas construire d’immeubles de 10 étages. La grue a permis l’émergence d’un nouveau métier, grutier, elle a changé les manières de travailler. C’était une vraie innovation. Il n’y en a pas eu depuis. La machine qui va réaliser l’impression sur les chantiers est une innovation disruptive. Elle va améliorer la qualité, la sécurité. Elle va permettre de faire progresser la qualification des emplois. Elle va diminuer la pénibilité du travail. Elle va permettre d’attirer davantage de monde vers les métiers du bâtiment. Elle va changer l’organisation et les modes constructifs. »

Un risque pour l’emploi ?

« Je n’y crois pas du tout. Cette technologie va surtout permettre d’attirer des personnes plus qualifiées. Pourquoi ce secteur ne pourrait-il pas lui aussi s’améliorer grâce aux nouvelles technologies. Dans le secteur de la santé, dans les hôpitaux, les patients font confiance aux machines car il y a des procédures, de qualité, d’intérêt à la personne. Il faut raisonner de la même manière ici. En France comme à l’étranger, il y a de moins en moins d’ouvriers dans le bâtiment pour des raisons de pénibilité, d’inquiétudes sur la sécurité, de salaire… Aujourd’hui, il faut se résoudre à changer ou mourir. »

L’impression 3D est une technique de fabrication dite additive qui permet de produire des objets par ajout de couches successives  : objets usuels, pièces détachées, prototypes destinés aux essais, bâtiments… Concrètement, un fichier informatique, qui représente l’objet en trois dimensions, est décomposé en tranches. Ces informations sont ensuite envoyées à une imprimante 3D qui fabrique les objets à partir de différentes matières (métal, plastique, céramique, résine, béton…).

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